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© Leila Sadel
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Tout ce que l’on écrit est sur fond de néant. Le néant est certainement blanc comme un mur repeint après les jours de pluie. Après les jours gris.
Le bruit est désormais une trace soulignée au crayon. Une courbe. Une montagne. Une embarcation. Tadariss. Un bout de pain aux bords grignotés. Un bris de verre, vraiment ? Une esquisse d’abîme. Voilà à quoi ressemble une pensée. Ceci est pareil à ce qui virevolte en toi.
Le ciel est dans une écuelle. La mer est une flaque rouge. Le mur est une façade artificielle et l’arbre n’était plus.
Une oreille coquillage et la mer comme une boucle à lui chuchoter l’infini.
Entre deux lignes, une droite et l’autre décousue.
L’homme à la bouteille de gaz et son ombre fleur, corolle sous ses pieds.
L’homme sur la ligne bleue comme un funambule.
Elle et son bras en suspens ; elle en lévitation.
L’homme au chariot et son pas cactus.
Sur le mur, la mosaïque s’est ébréchée. Quelqu’un en a patiemment recollé quelques morceaux. Territoire à reconstruire. Terre en décomposition. Il faut s’approcher de la phrase écrite à mots serrés. C’est une histoire qui célèbre le fragment.
Amas de bitume ? Une ville de papier. Son monde en lettres. Son monde sur table. Coupée en deux. Ne pas déranger l’ordre des choses. De temps à autre, comme sur une carte, surgit un mot compris face à un autre obscur.
Une voix d’antan appelle de la chambre noire. Je suis pas à pas l’ombre qui me précède sur le pont étroit. Il n’y aura pas de chute cette fois.


Afaf Zourgani, sur Tout ce que l'on fait est sur fond de silence, 2010