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© Leila Sadel
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La lecture et le parcours, le délai et l’assemblage, la parole et la posture, me donnent le sentiment que le travail de Leila Sadel est une itération de gestes, de regards et de mots. S’ils ne s’entrechoquent pas à leurs surgissements, ils glissent les uns avec les autres, et furètent comme des particules élémentaires qu’elle capture à l’aide d’un filet à papillons afin d’en faire sens et images.
Épinglés aux murs, des instants dialoguent entre eux : choses quotidiennes, rencontres fortuites, mots ajustant nos perceptions, ce que j’en comprends, ce qui nous regarde. Au tranchant des mots de Sei Shonagon, telles les notes du Koto qui s’égrainent, répondent les images proches d’une déréliction des rues de Rabat, et le pas mal assuré du personnage d’Entre-temps, j’étais ailleurs à la voix mélancolique d’Abdel Halim Hafez.
On s’imagine aisément à tour de rôle chasseur et papillon, à la fois capteur des intentions narratives et/ou élément adéquat à la poursuite de l’histoire qui se propage sous nos yeux. À pas feutrés le silence sert de trame au drame, car il est question d’un intime lien ténu, sensible et prêt à se rompre. Nous sommes sur le fil qu’a tendu Leila Sadel, si tout ce qu’elle fait est sur fond de silence, tout ce qu’elle montre est bruissement, battements d’ailes, où le nombre et l’énumération tiennent lieu de respiration. On perçoit, venant d’une arrière salle, le son des ciseaux qui découpent inlassablement entre les lignes les mots connus et inconnus de cette langue arabe qu’elle réapprivoise par ces gestes méticuleux.
Leila Sadel nous renvoie à notre présence perturbatrice et féconde à la fois. Le vol du papillon, saccadé, furtif, imprévisible, coloré, autorise son chasseur à de subtils actes pour une capture hasardeuse, mais qui se doit délicate afin d’en préserver toutes les nuances. Leila Sadel nous propose une promenade où Tout ce que l’on fait est sur fond de silence.


Franz Kreysler, sur Tout ce que l'on fait est sur fond de silence, 2010